Mardi 3 juin 2008
Vendredi soir dernier, j'ai participé à une soirée de pré-lancement du guide "Paris en Alternatives", rédigé par Esteban (un article précédent du blog mentionne ce guide). Ca se passait sur une péniche-bar qui vend des produits bio et du commerce équitable (la péniche Antipode), et j'y ai rencontré des gens vraiment intéressants et agréables.

Plusieurs personnes présentes participaient à des actions "désobéissantes non violentes", et s'intéressaient particulièrement aux techniques de distribution de la parole en groupe, ces techniques étant considérées comme fondamentales pour que la parole, et donc les discussions et les décisions soient partagées au mieux dans un groupe.

Dans ma vie personnelle, je dois dire que j'apprécie énormément les gens qui ont une grande capacité d'écoute. Lorsque je parle avec eux/elles, j'ai l'impression que nos âmes peuvent se livrer l'une à l'autre, et j'ai l'impression que sur n'importe quel sujet, si nous partons avec des points de vue pas nécessairement convergents, nous parvenons au bout de la conversation à nous être enrichis mutuellement, et nous avons construit véritablement ensemble une nouvelle pensée, qui n'appartenait initialement ni à une personne, ni à l'autre. Réciproquement, je dois dire que je n'aime pas particulièrement les joutes verbales, et que je n'apprécie pas, avec certaines personnes, de devoir crier et répéter inlassablement la même chose pour me faire entendre. Dans une telle situation, je préfère jeter l'éponge. Tu  ne veux pas m'entendre, tant pis pour toi.

Les personnes qui étaient présentes à la péniche Antipode, et qui se positionnaient politiquement pour des modes de discussion non violents et démocratiques, présentaient également cette vraie qualité d'écoute personnelle. Elles mettaient totalement en acte au niveau individuel ce qu'elles prônaient au niveau collectif.

Chez les Alternatifs, nous appliquons certaines règles lors des discussions, dont le but initial est, je pense, que la parole soit la mieux distribuée possible, et que chaque personne puisse apporter sa pierre à l'édifice. Il s'agit, par exemple, dans un débat, de s'inscrire avant de parler, même si on voudrait réagir spontanément à ce que quelqu'un vient de dire. Idéalement, je trouve que ce principe est bon, et théoriquement, il incite chacun-e à écouter attentivement ce que les autres disent (en attendant de parler), pour ne pas répéter ce qui a déjà été dit, et faire avancer positivement la conversation. Le point négatif, je trouve, c'est que la parole étant longue à obtenir, elle est parfois conservée longtemps par la personne qui en bénéficie. Et puis, cette obligation de s'inscrire crée un effet d'asymétrie entre celle/celui qui parle quinze minutes, et celle/celui qui voulait juste dire une phrase... A mon avis, il faudrait que ce temps de parole soit beaucoup plus pris en compte.

Par ailleurs, je remarque que selon l'âge, la position sociale, le genre, l'influence de la personne qui parle, la personne a l'impression que ce qu'elle a à dire est plus ou moins important et pertinent. On avait remarqué une fois que les femmes s'effacent souvent sous prétexte que "ce qu'elles ont à dire a déjà été dit", tandis que les hommes ont tendance à s'étaler pour dire quelque chose de pas franchement nouveau. Il ne faut pas oublier, je crois, que lorsqu'on parle, ce n'est pas seulement pour dire quelque chose, pour apporter un contenu, c'est aussi pour affirmer sa position dans un groupe (image de Tarzan qui se tape sur la poitrine en criant), c'est aussi pour manifester son besoin de contradiction (très présent chez certaines personnes), c'est aussi pour se faire aimer/respecter/admirer... Toutes sortes de choses auxquelles nous devrions réfléchir lorsque nous instaurons des règles de discussion dans un groupe. Nous ne sommes pas des purs homo politicus (est-ce que le pluriel est homines politici???), et ce que nous sommes intimement influe fortement sur notre façon d'investir l'espace public.

Et le blog? C'est une manière de communiquer à sens unique. J'écris, vous lisez. Il n'y a pas la chaleur d'une rencontre humaine, c'est vrai. Mais si ce que j'écris vous intéresse, je suis sûre que vous lirez jusqu'au bout. Et si ça ne vous intéresse pas, vous pouvez tout simplement quitter le site, et laisser tomber. Ce que vous n'oserez pas faire, si vous êtes poli-e, face à quelqu'un qui vous baratine et ne vous intéresse pas.

Baratineurs, baratineuses, une attention fine aux réactions de la personne en face de vous, lorsque vous parlez, peut vous donner une indication précise de l'intérêt que vous éveillez chez la personne. Un conseil: si la personne manifeste de l'impatience, recule alors que vous avancez vers elle, ne réagit à ce que vous dites que par des "hmm hmm", ne continuez pas, saluez gentiment votre interlocuteur et partez, vous n'obtiendrez rien en gavant cette personne de mots.

Dans cet article, je pars un peu en vrac, j'en ai bien conscience. Mon message, si je dois le répéter, c'est vraiment qu'on ne peut pas prôner de grands principes humains ou politiques si 1) on ne s'intéresse pas à ce que les autres disent, qu'on ne les laisse pas parler 2) on ne sait pas se rendre compte si on intéresse ou non la personne en face, et qu'on ne sait pas ne pas insister lourdement et barber l'autre.

Ces derniers jours, je pensais à écrire un article sur le lien nécessaire entre la libération individuelle, par rapport aux carcans moraux, religieux, bien-pensants, sur des thèmes aussi variés que le travail, l'argent, ou la sexualité, et d'un autre côté la libération collective, par rapport à une organisation sociale aliénante, qui sert les intérêts des plus forts. Finalement, j'écris un article qui fait aussi le lien entre la manière d'être individuelle et l'engagement politique, mais sur un tout autre sujet.

Voilà. Maintenant vous pouvez réagir, si ça vous dit. Je vous souhaite une merveilleuse journée sous la grisaille.
par Elodie Vieille Blanchard publié dans : Miscellaneous comme on dit
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Vendredi 22 février 2008
Première nouvelle: la campagne municipale de la Gauche Alternative, à Paris, est lancée.  Pour avoir des infos sur ce qui va s'y dérouler, c'est ici.

Deuxième nouvelle, non moins importante au point de vue personnel:
c'est les vacances!
Et avec elles, pour moi, la volonté de rompre avec une vie productiviste, un emploi du temps surrempli et quadrillé par les occupations, non dans le domaine de la production de biens, mais dans celui du travail intellectuel, et du militantisme.

Je tente de mener plusieurs démarches à la fois. Je suis prof, et j'essaie de rendre mon enseignement le plus utile possible pour les élèves (ce qui implique différentiation, donc préparation multiple d'activités, de devoirs...). Je suis doctorante, et j'essaie d'avancer dans ma rédaction. Je suis militante, et je voudrais être plus présente, sur plus de terrains. Je tiens un blog, et je ne cesse de penser aux articles que je pourrais y écrire. J'ai même pensé à créer une rubrique, tiens, comme dans Charlie Hebdo, "Les articles auxquels vous avez échappé cette semaine". Ben oui, en germe dans ma tête, il y avait quand même un article sur "Ce que Foucault aurait pu écrire sur la corrida", un autre sur "Une journée dans la vie d'un-e hermaphrodite", un autre sur "Ce que ça veut dire d'être de gauche, dans sa façon d'être en relation aux autres", un autre sur "L'utilité des outils philosophiques pour fonder ses positionnements au monde et les justifier"...

Et je ne les écris pas. Pourquoi? Parce que pour tenir toutes mes activités ensemble, je suis obligée de planifier mon emploi de temps d'une façon qui devient insupportable: le matin, compter combien de minutes me sont disponibles pour manger, faire une croix sur mon petit déjeuner pour ne pas rater le train qui m'emmène au travail; profiter de mes instants d'attente à la laverie pour lire Michel Foucault pendant que mon linge s'essore; prévoir de voir mes amis "le vendredi dans dix jours, parce qu'avant j'ai des trucs prévus tous les soirs"; et du coup, rentrer du travail et m'endormir sans crier gare; attraper une contracture musculaire...

Bref, j'en ai marre de cette vie-là. J'en ai marre aussi de tenir une position politique "antiproductiviste", qui met la qualité de vie au premier plan, et de faire le sacrifice de tout ce qui m'est personnel pour essayer de mener toutes mes activités de front. En politique, il faut faire ce qu'on dit, mais pas seulement lorsqu'il s'agit de recycler ses déchets ou de boycotter les transports aériens. Aussi pour rendre son existence digne de l'idée qu'on se fait d'une vie la plus riche et heureuse possible. Et parce qu'une militante fatiguée et dans l'abnégation n'est sûrement pas une bonne militante.

Je vais partir en vacances, demain soir, en train de nuit vers une contrée ensoleillée, et j'en suis fort heureuse. Je vous souhaite de très bonnes vacances à tou-te-s.  

J'emporte dans mon sac un roman rencontré mardi dans une jolie librairie qui borde le Marché des Enfants Rouges, dans le Marais, et qui a su me séduire au premier coup d'oeil. Il parle d'un homme sévère, prof de langues anciennes, qui décide brusquement de rompre avec sa vie monotone, à Berne, et qui s'embarque dans un train de nuit pour Lisbonne, à la recherche d'un poète mystérieux qu'il vient de découvrir.

Je vais finir par croire qu'il n'y a pas de hasard dans les rencontres...

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par Elodie Vieille Blanchard publié dans : Miscellaneous comme on dit
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Jeudi 17 janvier 2008

Le week-end à Rouen, c'était plutôt sympathique. Avec un démarrage insolite, sur le talus qui grimpe  au dessus de la bande d'arrêt d'urgence, bretelle N133, accès à la ville depuis l'autoroute A13.


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Quand on est pour la décroissance au point de vouloir prolonger la durée de vie des biens qu'on utilise, sans toutefois vouloir s'en défaire complètement, c'est le genre de choses qui peut arriver...   ;-)

Puis on a quand même pu accéder à la maison Pélissier, et là, on a bien débattu, sur la situation politique, sur le projet alternatif, rouge, vert, autogestionnaire... Deux jeunes militants de Rouen sont intervenus dans le débat, et ont chamboulé le déroulement du week-end. Ils se sont élevés pour dire que les discussions, ils n'y comprenaient rien, que ça ne faisait pas avancer le schmilblik de discourir de l'évolution du monde avec un jargon théorique et en cercle confiné. 

Je crois que ça a fait réfléchir pas mal de monde... Moi, en tout cas, ça m'a fait réfléchir. Ce qu'il me semble, c'est qu'il est absolument nécessaire aujourd'hui de mener une analyse profonde de ce qui se passe dans notre pays. Du côté de Sarkozy, les mots sont agissants. "Travailler plus pour gagner plus", "les caisses de l'Etat sont vides", "notre pays a besoin de réformes"... Tous ces slogans, ils ont été réappropriés par la population, et ils ont créé des effets concrets. Ils se sont traduits, en forme de lois, de mesures politiques... On ne peut pas, en face, croire que la révolution va opérer sans tout un travail de déconstruction de cette logique sarkozyenne, et sans la construction d'un projet alternatif. Les mots opèrent côté Sarkozy, ils peuvent opérer de l'autre côté. Il me semble aussi que quel que soit le domaine dans lequel on milite, il faut un certain temps pour acquérir le langage, mais aussi pour comprendre la logique qui sous-tend tel ou tel argument. En tant que végétarienne de combat, ceinture noire, je saisis maintenant la logique qui sous-tend le discours de mes interlocuteurs. "Dans la nature, les animaux se mangent entre eux; normal qu'on fasse pareil", disent-ils souvent. Savent-ils que l'élevage des animaux aujourd'hui n'a absolument rien de "naturel", ni de "nécessaire"? Considèrent-ils juste une règle qui consiste à imiter les animaux dans leur comportement? Seraient-ils prêts à laisser mourir les handicapés et les malades parce qu'ils sont plus faibles, et que dans la nature, les plus faibles sont éliminés? 

Trève de digression. En tout cas, et je ne m'exclus pas du tout de cette généralité, je crois qu'il faut s'user les neurones et le discours un moment avant d'être opérant-e. Il faut apprendre, essayer, affiner sa réflexion...

Et maintenant, vous voulez savoir ce que les dynamiques Alternatifs vous  préparent pour les jours qui viennent? Et voilà!

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Dimanche 6 janvier 2008
 Tatou-classe-copie-1.JPG                                                  cattum scholae                                                               


Exposition "Bêtes et hommes", Grande Halle de la Villette.

Sur un écran, on voit un couple d'éleveurs, en plan fixe, pas trop à l'aises.
"La différence entre un homme et un animal? Ben, un homme c'est un homme, un animal c'est un animal!".
Perplexes. Un silence. Puis:
"Les animaux, y z'ont pas l'intelligence. Nous on a l'intelligence. Eux y z'ont l'instinct, y réfléchissent pas. Y s'adaptent pas. Nous, on s'adapte."
Re-silence. Puis:
"Enfin si, y s'adaptent, mais c'est avec leur instinct, c'est pas comme nous, quoi."

...

Dans l'expo, on nous montrera comment les animaux nouent des liens d'amitié, qui peuvent même se prolonger à leurs descendants (chez les éléphants, qui ont tout un rituel pour marquer les retrouvailles avec des familles amies). On nous apprendra que comme nous, les animaux développent des cultures: dans chaque quartier de San Francisco, les oiseaux parlent un dialecte particulier! A Londres, c'est pour ouvrir les bouteilles de lait déposées sur les paliers qu'ils ont inventé des techniques spécifiques, qui varient aussi selon le secteur. Il paraît même que dans certaines régions des campagnes françaises, il y a des chats qui développent une culture particulière, la culture scolaire. Ils ont leur place contre le bureau; parfois ils se couchent sur la photocopieuse; ils attendent les élèves, le matin, derrière le carreau... Il faut le voir pour le croire! Mais ça, ce n'est pas à la Villette qu'on l'apprend.

Dans une partie de l'expo consacrée aux "Umwelt", on comprendra pourquoi chaque espèce perçoit le monde à sa façon, les crapauds ne voyant que ce qui bouge; les tiques pouvant rester accrochées à une plante pendant 18 ans, jusqu'à ce que l'odeur de l'acide butyrique des poils de chien les arrache à leur torpeur; les manchots reconnaissant la voix de leur mère dans une cacophonie assourdissante...

On apprendra que Kropotkine, un biologiste russe anarchiste, voyait dans l'entraide le facteur principal pour expliquer la survie des communautés animales ; tandis que pour Darwin, britannique et
capitaliste, c'était plutôt la compétition qui était fondamentale.

Juste avant de sortir de l'expo, on passera dans une sorte de couloir, avec quatre télés de chaque côté. A l'entrée du couloir, il est écrit "attention, peut choquer les jeunes esprits". On entre. A gauche, sur les télés, un élevage industriel de cochons. Ca crie, on voit plein de sang, ça s'agite. On voit une main efficace et mécanique castrer des porcelets sans les anesthésier. On voit des porcelets trébucher sur une claie où ils se prennent les pattes, leur mère coincée derrière des barres métalliques... A droite du couloir, la série de télés présentent les images d'un film intitulé "les cochons heureux". C'est un élevage bio. On voit bien qu'il y a de l'herbe, que les cochons trottinent dehors; bon, c'est aussi la petite musique guillerette qui nous fait dire comme c'est bien. On aurait aimé plus d'explications: "Qu'est-ce qu'on leur fait, à ces cochons de batterie? L'élevage industriel, ça représente quelle proportion de la viande qu'on "produit" aujourd'hui? Pourquoi on utilise ces méthodes? Ca rapporte quoi à qui?". On aurait bien aimé entendre et voir, pourquoi pas, puisque cette expo est censée traiter des rapports entre humains et animaux, qu'il y a des gens qui aiment se délecter du spectacle d'une bête qu'on rend tétraplégique avant de la tuer; qu'il y en a, au contraire, qui se battent contre ces pratiques; qu'il y en a qui ne mangent pas la chair des animaux; d'autres qui ne portent pas non plus leur peau et ne mangent rien qui vient d'eux... Que le rapport à l'animal n'est jamais imposé par la société à laquelle on appartient, mais que c'est aussi un choix philosophique...

En tout cas, on aura passé un moment assez captivant. On aura vu, entendu, senti, le monde animal. Courez-y! Il n'y a plus que deux semaines.

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Vendredi 21 décembre 2007

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Si comme moi vous habitez dans une grande ville, vous devez croiser souvent des personnes en treillis motif "camouflage", portant une mitraillette longue comme le bras, déambulant dans les rues ou dans les gares, l'air grave. Je pense qu'ils sont là pour créer l'idée que nous sommes menacés, et pour que nous ne bronchions pas lorsque Sarkozy déchaînera les violences policières contre les jeunes des banlieues. Ces militaires, justement, ils ont l'air d'avoir la petite vingtaine. Des jeunes femmes, des jeunes hommes. 

Lorsque je les croise, je prends un air affolé un peu débile et je leur demande "c'est la guerre?". La plupart du temps, ils ne comprennent pas ma question. Si je me baladais déguisée en vampire dans les rues de Paris, et qu'on me demandait "c'est la nuit des morts-vivants?", je suppose que je comprendrais le sens de la question... Ils n'ont donc pas l'air très finauds. Une fois où ils avaient annoncé être là pour me protéger, je les avais interrogés: "de quoi?"; ils n'avaient pas trop su quoi répondre. Je leur avais aussi demandé si leur fusil était armé, et ils s'étaient un peu embrouillés "oui"; "mais alors c'est dangereux!!"; "non mais ce n'est pas armé"...


Sinon, un truc que j'aime bien faire, pendant les manifs, c'est passer devant les CRS (juste devant, à deux mètres), en dansant la gigue, ou en prenant des mimiques bizarres... Comme les gardes anglais, ils restent figés. J'essaie de les mettre un peu mal à l'aise, et je me dis que tant que c'est moi qui ai l'air un peu folle, ils ne peuvent pas m'accuser de malveillance. 

Une fois, j'ai essayé de discuter avec un CRS qui bloquait une manif de lycéens bien inoffensive, rue des Ecoles. Avec ses collègues, il empêchait les passants de circuler, et les contraignait à contourner tout le pâté de maisons. 
"Ils sont dangereux ces lycéens? Pourquoi vous bloquez cette rue?
- On nous a demandé de venir là, on vient, c'est tout."
Ensuite, j'avais essayé d'argumenter, en parlant de la Seconde Guerre mondiale et des soldats qui mettaient des gens dans des trains juste parce qu'on le leur avait demandé... Mais le type n'avait pas bien envie de discuter et il m'ignorait. En tout cas, je m'étais dit qu'à l'occasion, j'aimerais bien me faire passer pour une étudiante en socio, et mener l'interview d'un CRS. Ca m'intéresse trop, de savoir ce qu'ils pensent, comment ils en sont venus à faire ce boulot, s'ils se questionnent sur le bien fondé des révoltes et des manifs, ou si ce sont justes des brutes épaisses dressées à obéir...


J'allais oublier. Voilà qui n'est pas drôle, mais plutôt grinçant: l'autre matin, en arrivant dans la ville où nous travaillons, à 8h, ma collègue et moi, nous sommes tombées, dans le tunnel qui passe sous les voies du train, sur des flics contrôlant les papiers au faciès. Ce n'était pas la première fois, et la première fois, nous n'avions pas su quoi faire. Cette fois, je me suis précipitée sur eux avec mon passeport.
"Quand on est blanche, on a le droit d'être contrôlée, aussi?
- Très drôle", a marmonné l'un d'entre eux. Je ne suis pas sûre qu'il le pensait. Ils ont à peine daigné regarder mon passeport, et puis ma collègue s'est exclamée, très fort:
"Tu vois, on n'aurait pas dû se frotter le visage à l'eau de Javel ce matin, ils ne veulent jamais nous contrôler quand on fait ça."
Je ne suis pas sûre que les hommes en noir aient goûté la subtilité de ma collègue philosophe.


On n'est pas bien puissants face à l'Etat policier. Mais tourner toute cette machine en ridicule, une façon de dire "nous ne sommes pas dupes", ça, on peut le faire. Comme les étudiants qui, pendant les manifs contre la LRU, offraient des fleurs aux CRS! Et puis quand même, il faut dire qu'on se fait plaisir quand on se moque un peu des flics. D'autant que lorsqu'on est une femme et qu'on n'est pas bien imposante, on sait qu'ils n'oseront pas nous taper dessus. Enfin, c'est comme ça pour l'instant.

par Elodie Vieille Blanchard publié dans : Miscellaneous comme on dit
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Samedi 8 décembre 2007

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Aujourd’hui avait lieu à Paris, à l’occasion de la Journée Mondiale du Climat, une grande parade « climatique » entre Châtelet et la mairie du 2ème arrondissement. A la fontaine des Innocents, une halte a été marquée pour déclamer des prières « à l’église de la sainte consommation », et pour déverser des prospectus publicitaires.

 

 

 

Avec l’Association Végétarienne de France, on avait préparé des panneaux qui faisaient le lien entre le dérèglement climatique et l’élevage. J’ai absolument honte d’être allée à cette manif avec mon appareil photo déchargé, car je n’ai pas pu prendre de photos. En tout cas, les panneaux, qui étaient très en excès au départ par rapport à la taille de notre groupe, ont eu beaucoup de succès. Plein de gens sont venus nous voir « Je suis végétarien-ne ! Vous n’en avez pas un pour moi ? ». Plein de gens ont été interpellés par des messages du type « JE REDUIS MA FACTURE CLIMATIQUE. JE SUIS… VEGETARIEN-NE ». Et nous leur avons distribué des tracts avec tous les chiffres choc, qui expliquaient le pourquoi de la chose.

 

 

 

J’ai pu donner des tracts à Yves Cochet, Denis Baupin des Verts, qui les ont accueillis favorablement. Jacques Boutault, maire du 2ème arrondissement (qui nous a reçus dans le hall de sa mairie après la manif, trempés que nous étions comme des soupes) a eu le sien aussi. Les camarades Alternatifs ont porté des panneaux qui énonçaient « DEFORESTATION EN AMAZONIE, PLUS DE 70% POUR L’ELEVAGE » ou bien « L’ELEVAGE : 80% DES EMISSIONS DE L’AGRICULTURE ».

 

 

 

Cette après-midi qui a été pénible physiquement (vent glacial, pluie pénétrante) a été très enthousiasmante sur le plan militant. Je suis persuadée qu’on peut convaincre bien plus facilement les écolos des bienfaits du végétarisme, que les gens XY. Qu’on peut les convaincre bien plus facilement aussi de la malhonnêteté du gouvernement, et de la nécessité d’une action politique, que les autres gens. Ils se rendent bien compte que le Grenelle a été essentiellement une opération de communication, suivie de bien peu de traductions politiques. Le « moratoire » sur les OGM ? Juste un « gel », comme par hasard pendant l’hiver, une période où on ne sème pas de graines. L’éco-pastille pour les voitures ? Promise chaque année de la vie d’une voiture, elle ne sera en vigueur qu’une seule fois, à l’achat. L’arrêt des constructions d’autoroute ? Les chantiers continuent de plus belle avec des prétextes du style « nécessité régionale ». C’est drôle, pour offrir 15 milliards d’euros aux ménages les plus favorisés, l’Etat n’a pas attendu deux mois, et n’a vraiment pas pinaillé. Mais l’écologie ! Un truc de rigolos ! Il faudrait pas exagérer, quand même ! Vendre des centrales nucléaires et des Airbus aux pays étrangers, c’est quand même plus intéressant que de se préoccuper de ces néo baba cool qui critiquent le fleuron de notre technologie nucléaire et génétique ! Non mais !

 

 

 

Voilà que je m’égare. Je vais vous dire un secret. J’en ai marre qu’on croie que ce gouvernement est honnête et qu’il veut notre bien. Qu’il réforme les retraites pour nous protéger de la banqueroute, et l’université pour que les étudiants puissent s’enrichir intellectuellement et trouver un boulot. Qu’il construit des centrales nucléaires pour nous assurer l’avenir énergétique en toute sécurité. Qu’il veut mener la guerre en Iran pour protéger le pauvre peuple iranien opprimé.

 

 

 

Je pense que c’est une bande de malhonnêtes, asservis aux intérêts du grand capital, ignorants du péril écologique et de la réalité sociale. Qu’ils sont dangereux, qu'on ne peut absolument pas leur faire confiance, et que l’avenir est dans les luttes. Qu’il faut créer une force de résistance, sur le terrain social comme sur le terrain écologique.

 

 

 

Voilà. On m’avait promis de parler à la tribune après la manif, au nom de mon parti politique, mais il n’y a pas eu de tribune à cause du mauvais temps. Ici, je lâche ma colère accumulée depuis quelques jours. A propos de la casse sociale du gouvernement ; à propos de sa duplicité dans la politique écologique. Ce qui m’énerve plus que tout, ce n’est pas que les milliardaires du CAC40, ou les lobbies nucléaires, applaudissent Sarkozy, c’est que mes collègues ne fassent jamais grève alors qu’on dégrade le service de l’éducation nationale ; c’est que des pauvres approuvent la casse du service public dont ils seront les premières victimes ; c’est que des braves gens croient que le gouvernement a pris les affaires écologiques en main. Victimes, et complices. Je me rappelle d’un passage du Prophète de Khalil Gibran, « Il n’y a pas de bourreau sans victime consentante ». CQFD.

 
par Elodie Vieille Blanchard publié dans : Miscellaneous comme on dit
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Dimanche 2 décembre 2007

Ce matin, en faisant la vaisselle, je songeais au nom de mon blog. Pompeux, quand même, pour un blog tenu par une seule personne. Quoi, moi toute seule, j'aurais la prétention de la décrire, cette Alter Société dans laquelle il ferait bon vivre, dans laquelle on ne serait pas maltraité-e pour sa façon de vivre, son genre ou son espèce... Dans laquelle on profiterait du quotidien plutôt que de s'épuiser à surproduire et à détruire la Terre... Dans laquelle on partagerait mieux les richesses, le temps...

Souvent, il s'agit d'ailleurs ici, plutôt de coups de gueule sur la société actuelle, que sur cette idéale Alter Société...

En tout cas, ça me semblait une bien bonne idée que vous, qui êtes intéressé-e-s par ce blog, vous puissiez  écrire ici, vos impressions sur le monde, vos idées, vos propositions concrètes pour vivre autrement...

Une condition sur le fond, et une sur la forme:
- sur le fond, ce serait bien que ça traite des thèmes qui sont en toile de fond ici: l'écologie, la solidarité politique, le choix végétarien, le féminisme... Si ça traite de plusieurs aspects "à la fois", ou de leur lien, c'est encore mieux.
- Sur la forme, que ce soit léger pour la lecture, sans jargon compliqué, que ça se lise bien. 

Voilà! Vous pouvez me contacter par mail si vous avez mon mail; sinon en commentaire ci-dessous, ou sinon, grâce au formulaire de contact (tout en bas de la page). Vous pouvez publier avec votre nom, avec un pseudonyme, sans nom du tout, tout comme vous voulez.

Je cherche aussi une personne qui pourrait me donner quelques conseils de CSS pour améliorer le design de ce blog.

Merci! Et ne soyez pas trop timides s'il vous plaît, je suis sûre que vous avez plein de choses bien à raconter!
par Elodie Vieille Blanchard publié dans : Miscellaneous comme on dit
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Jeudi 25 octobre 2007

 

Du brillant essai écrit par Jean-Luc Porquet sur Jacques Ellul, je me souviens d’une idée forte, dans la pensée de ce grand philosophe de la technique. Selon Ellul, l’une des caractéristiques de notre société dominée par la technique, c’est que lorsque la technique crée des problèmes, elle ne prétend pas les résoudre en supprimant tout bonnement leur cause, mais en inventant de nouvelles techniques, qui elles, à leur tour, tout en résolvant ces problèmes, en généreront d’autres, d’une nouvelle sorte. Citation du livre de Porquet : « L’invention du plastique permet la fabrication d’emballages perfectionnés, mais ceux-ci se multiplient, il faut donc les détruire, on fabrique donc des usines d’incinération d’ordures, mais celles-ci rejettent de la dioxine, qu’il faut éliminer, ce qui nécessite de nouveaux procédés… ».

 

 

 

Cette après-midi, je me suis rendue chez le coiffeur, toute heureuse de savourer mes premières heures de vacances, toute réjouie de quitter Paris le lendemain, et pleine d’optimisme à l’idée de sortir du salon avec une meilleure tête qu’à l’arrivée (le volume de mes cheveux me faisant une sorte de boule sur la tête que je n’apprécie pas trop). D’abord, coupe de cheveux, par un coiffeur un peu artiste et très psychologue, qui me réussit toujours très bien. Et puis, alors que j’apprécie ma nouvelle image dans la glace, le voilà qui se lance dans une réclame publicitaire « Ca vous dit qu’on mette un peu de lumière là, sur les pointes, qu’on crée un effet doré, ça redonnerait du relief… ? ». Et moi, voulant y croire (comme si je ne savais pas que la pub était mensongère), et sans même demander combien ça allait me coûter, allez savoir pourquoi, dans l’enthousiasme des vacances, je réponds « oui, pourquoi pas ».

 

 

 

On me met une sorte de gel dans les cheveux, puis une pâte blanche pour les décolorer ; jusque là, tout va bien. Je feuillette les magazines qui traînent là. Une interview de Cécilia Sarkozy, qui raconte comment elle croit toujours que son mari est ce qui pouvait arriver de mieux au pays, bon, on n’est pas sortis de l’auberge, je ne vous raconte pas. Plus tard je feuilletterai « FHM » par curiosité, un magazine destiné aux mecs et pas franchement féministe, où je découvrirai qu’on donne des conseils aux lecteurs qui veulent aller voir des prostituées !! Sisi ! Là, je serai atterrée. Du style, mettez un préservatif à retardement, sinon ça risque de passer un peu vite, la passe… Là non plus, on n’est pas sortis de la galère.

 

 

 

Bon, après la pâte blanche, on me met une « patine », je me dis super, comme le bois, j’aurai les cheveux brillants et dorés, qu’est-ce que ça va être beau… Et puis lorsqu’on me les sèche, je découvre que sur une bonne partie de la longueur, ils sont rouge foncé, dans le style bourgeoise beauf de ma collègue Merguez. La classe, quoi. Comme j’avais décidé de ne pas garder ma langue dans ma poche et de dire ce que je ressentais, j’exprime mon mécontentement « m’enfin, vous m’avez dit lumière, doré, moi je ne veux pas une couleur rouge comme ça, J’AIME PAS, quoi ! ».

 

 

 

Pas de problème, si je veux, on peut me rééclaircir tout ça, si je n’aime pas, et c’est ce qu’on fait, on me remet une autre pâte sur la tête, on me laisse attendre, à un moment donné on me montre mes cheveux dans la glace, et maintenant ils sont oranges, je ne sais pas quoi répondre, je suis perplexe. Alors on me les lave (troisième et quatrième shampooing de l’après-midi, en tout j’en aurai eu huit), on me remet un autre produit qui sent la crème dépilatoire (ça doit être drôlement doux pour les cheveux), et là, lorsqu’on me les sèche après que j’aie attendu encore trente minutes la tête enversée, avec de l’eau dégoulinant sur la nuque et des picotis sur le crâne, c’est l’horreur absolue.

 

 

 

Je ressemble à une sorte de gay de 18 ans, avec la racine de mes cheveux d’une couleur normale, et toutes les pointes (sur deux centimètres au moins), jaune. Mais vraiment jaune. Là je ne suis plus seulement mécontente, je fonds en larmes devant la glace.

 

 

 

Une coiffeuse très douce vient me consoler « faut pas vous mettre dans des états pareils… », elle va me chercher des mouchoirs, elle essaie de me rassurer… Cette fois, ils ont tous décidé (parce que je suis devenue l’attraction du salon) de me faire une « coulée », et je demande ce que c’est parce que je suis un peu inquiète. Mais à ce stade, de toute façon, ça ne pourrait pas être pire. Je leur dis « Vous savez, je préfère qu’on me rase la tête ; on peut vraiment me raser la tête, ça ne me dérange pas… ». Mais la coulée, on peut dire qu’ils y croient. Le coloriste retourne dans son sous-sol préparer sa mixture dans un bol, je me réinstalle sur ces sièges devant les bacs à shampooing, et c’est reparti. « Ca sera presque pareil que votre couleur naturelle ! » et il me rererebadigeonne la tête avec sa mixture.

 

 

 

Lorsque je me vois, à 18h30 (je suis entrée dans le salon à 15h), je crois reconnaître mon cousin Olive, qui est blond, et qui, quand il avait quinze ans, se teignait les cheveux en noir corbeau, pour ressembler au chanteur de The Cure. Bon, d’accord, mes cheveux ne sont pas totalement noir corbeau maintenant, mais je leur trouve quand même un certain côté mutant, comme diraient mes élèves. A ce moment-là je me remets à sangloter, un peu à la façon de Karin Viard dans Les Randonneurs, lorsqu’elle marmonne en s’étranglant avec ses pleurs « Moi je voulais aller au Club Med, je voulais rencontrer quelqu’un, et puis je suis là dans ces montagnes à en baver ».

 

« Moi je suis venue chez vous pour avoir une belle tête, c’est les vacances, je me réjouissais, et maintenant vous me faites ça… ».

 

 

 

Je règle la note, heureusement ils ne me font pas payer pour tous ces trucs successifs, qui me font sortir plus moche qu’avant, qui ont utilisé plein d’eau, plein de produits chimiques qui sont allés droit dans mon crâne. Je rentre, je m’attache une sorte de foulard sur la tête, parce que je n’aime pas.

 

 

 

Vive la technique. La technique, c’est super. Avec plein d'efforts, on peut retrouver des trucs "presque pareils que la nature naturelle". Et le mieux, c'est qu'on ne peut pas revenir en arrière. C'est ça, le progrès. Vous y croyez, vous?

 
par Elodie Vieille Blanchard publié dans : Miscellaneous comme on dit
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Mardi 23 octobre 2007

Hello.

 

Je reviens des Etats-Unis, où je me suis rendue pour la toute toute première fois.

De ce pays, j'imaginais aussi bien les gros beaufs hyperconsommateurs et les mégalopoles impersonnelles que la contre culture active, les groupes vegan, queer, et les quartiers alternatifs pour ces groupes "off".

Je me suis rendue à Washington D.C., qui n'est sans doute pas totalement représentative du pays. Dans cette ville, j'ai pu visiter plusieurs quartiers qui étaient très différents.

Les réflexions que je vais mener ici sont nécessairement tributaires de la squelttique expérience que j'ai du pays, mais, allons-y avant que mon ressenti s'évapore avec le quotidien parisien...

De manière générale je dirais que je suis très dubitative en ce qui concerne la "qualité de vie" américaine, qui coûte si cher à l'environnement et aux pays du Sud.

Dans le centre de Washington, qui est surtout consacré aux affaires et à l'administration, les rues, qui portent des noms comme "F street", "L street", ou "22nd street" (poétique, n'est-ce pas?) ressemblent à ça:

DSCN0629.JPG
Ce genre de paysage me donnait l'impression que cette ville venait de sortir de terre, que ce n'était pas sédimenté comme ici, où des couches successives de population ont marqué l'aspect de la ville...

Bon, il y a quand même des quartiers qui ressemblent à autre chose, par exemple Georgetown:

DSCN0636.JPG
C'est donc une ville en général assez peu agréable pour les piéton-ne-s, et assez monotone, puisqu'elle est composée de "blocs", qui correspondent à des zones rectangulaires, délimités par les rues aux noms de lettres et de nombres. Si on veut boire un verre, qu'on cherche un bar banal, comme ici, à Paris, on n'en trouve pas. Si on veut boire un café, on trouve des Starbucks, et c'est tout. C'est une ville pour la voiture, toujours énorme, comme en témoigne cette jolie brochette, ici devant la Maison Blanche:

DSCN0627.JPG
Puisque les immeubles dans ces blocs sont si massifs, l'intérieur en est très peu éclairé. J'ai mangé dans un restaurant indien où perçait une très légère lumière, tout à l'avant du restaurant, et où la quasi totalité de la salle se trouvait dans la pénombre. Dans l'hôtel Hilton, où avait lieu la conférence à laquelle je participais, c'était la même chose. Les chambres coûtaient horriblement cher (250$ la nuit comme tarif réduit pour les participants à la conférence), et je ne les ai pas vues parce que je dormais ailleurs, mais j'ai trouvé le lieu extrêmement désagréable à vivre, parce que beaucoup de pièces y étaient également sans fenêtres, avec un niveau de climatisation qui faisait grelotter tous les Européens comme moi, tandis que les Américains s'y baladaient en T-Shirt.

DSCN0661.JPG

Le style de l’hôtel, une sorte de luxe de toc, je dirais, dans lequel je me sentais mal. J’aime la pierre, j’aime le bois, j’aime l’air frais, et la lumière, et là-bas, rien de tout ça (il paraît qu’on ne pouvait même pas ouvrir les fenêtres des chambres pour respirer un peu !).

 

Les personnes que j'ai entendues là-bas me parler de la France me plaignaient pour les grèves en cours dans les transports. Ils ignoraient complètement qu'il y avait des motifs globaux à cette grève, au delà de la défense des "régimes spéciaux". Mais je leur ai bien fait comprendre que pour moi, c'est:

vive-la-gr--ve.jpg
Sur les franchises médicales, quelqu'un m'a dit qu'il ne comprenait pas pourquoi les Français se plaignaient de payer plus cher pour leurs soins, alors qu'ils étaient beaucoup mieux lotis que les Américains (dont plein d'entre eux ne se font plus soigner les dents parce que ça coûte trop cher). Je lui ai répondu que beaucoup de Français ne savaient pas forcément que c'était horrible ailleurs, et surtout, que ce n'était pas parce que c'était pire ailleurs qu'il fallait accepter cette situation en France. Ce genre de discours (il y a pire alors tais-toi), c'est aussi celui que tient mon cousin ultralibéral, qui vit en Angleterre. Dans ces pays anglo-saxons, on doit les dresser à l'indifférence pour les plus riches, et à la résignation pour les plus pauvres...

Bref, je suis rentrée très heureuse à Paris, j'ai même eu des larmes d'émotion au petit matin, quand j'ai entendu dans le RER que les grèves continuaient. J'ai retrouvé mon quartier, mes adorables élèves avec un très grand plaisir. Elèves, si vous me lisez, je suis très heureuse des moments que je passe avec vous.

A un de ces jours, si vous le voulez bien.

 
par Elodie Vieille Blanchard publié dans : Miscellaneous comme on dit
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