Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 10:18

Voilà une question qui m'a déjà turlupinée... La première fois, c'était après être allée manifester à Pampelune contre la corrida, en 2006. Il y avait plein de vegans (ce sont des gens qui ne consomment rien qui vienne des animaux, pas même de miel, et qui se prononcent contre l'exploitation animale en général), et en rentrant je me suis dit que zut, il n'y avait pas de raison que je continue à consommer des produits laitiers, par exemple, alors que leur production générait bien autant de souffrance sur les vaches et les veaux que la production de viande.

Ensuite je me suis donc mise au véganisme pendant quelques mois, et là, je dois dire que c'était plutôt galère. En fait j'avais l'impression de devoir y penser tout le temps pour que ce soit possible (par exemple, pas de pain au chocolat à la boulangerie, refus des chocolats que mes collègues pouvaient proposer en salle des profs, refus de la tarte au légumes qu'une amie avait préparée pour un pique-nique, sachant que j'étais végétarienne...). J'avais l'impression aussi que cela me desservait et desservait ma cause, dans la mesure où les "profanes complets" sur le sujet ne me comprenaient pas bien, et me trouvaient plutôt difficile que facile à vivre.

Je suis ensuite retournée au végétarisme, avec l'idée que le véganisme était une norme pour moi seule, quand j'étais à la maison par exemple... Mais qu'en société, il était préférable de manger végétarien pour pouvoir me mélanger le plus possible à toutes sortes de gens, et partager avec eux un certain nombre de plats.

L'autre jour, je suis allée au Vegan Day, un évènement assez incroyable et réjouissant, qui occupait tout l'espace de la Bellevilloise, un immense lieu branchouille de Paris. J'ai pu acheter un sac militant contre le foie gras (que je brandis dans le train de Vaucresson, devant les vieilles pouffes à fourrure); de la nourriture vegan pour chat que Bibilou n'a pas aimé, mais alors pas du tout; j'ai pu me délecter d'un brunch vegan succulent... Bref, c'était chouette. Ce qui l'était moins, c'était que lorsqu'on me demandait si j'étais vegan, et que je répondais que non, j'étais végétarienne, on me regardait avec une sorte de moue suspecte et dégoûtée, comme si j'avais dit, mettons, à une réunion des Alternatifs, que j'étais au PS, voire, n'ayons pas peur des mots, au MODEM. On me demandait si je n'avais pas été convaincue, si je n'avais pas compris, en réalité, qu'il fallait être vegan.

Et je répondais que si, que j'avais bien compris la pertinence du véganisme, mais que ma propre pureté quant à la consommation m'apparaissait plus comme un moyen que comme une fin, pour que de moins en moins d'animaux soient exploités et maltraités, et que j'aimais mieux ne pas être vegan à 100% mais entraîner beaucoup de gens dans mon sillage, que l'être et devoir faire des arrangements compliqués pour pouvoir le rester, quitte à subir un certain isolement.

Et c'est bien ce dont je reste convaincue.

Avec les Alternatifs par exemple, on organise souvent des repas végétariens. La dernière fois, c'était à la Rôtisserie, la semaine dernière. C'est en partie pour aller dans ma direction que les autres le font, alors si je disais "je ne mange pas de votre gratin parce qu'il n'est pas vegan", je pense qu'ils ne feraient plus rien de végétarien. Je trouve qu'il faut accepter l'idée de compromis, quand les autres vont dans la bonne direction, même s'ils ne vont pas aussi loin qu'on le désirerait... L'essentiel pour moi, c'est que ça avance. Je suis résolument réformiste question végétarisme, attention, pas contre-réformiste au sens du PS, non, réformiste, je veux que ça avance et je suis consciente des difficultés et des pesanteurs. Par exemple, je suis consciente qu'un dessert vegan, ce n'est pas facile. Pour essayer parfois de faire des pâtisseries vegan, je me rends compte qu'il faut faire beaucoup d'essais avant que ce soit satisfaisant. 

Je sais que c'est possible, qu'on peut arriver à tout préparer vegan, mais je pense que ça nécessite une sorte de changement de paradigme culinaire qui n'est pas évident, et qui n'est pas à la portée de tout le monde. Alors que le végétarisme, ce me semble bien facile...

Aujourd'hui je trouve que j'ai beaucoup de chance de vivre entourée de gens qui mangent végétarien, par égard pour moi: mon frère qui cuisine intégralement végétarien pour sa fête des 30 ans; mes colocs qui acceptent de faire un appart sans chair morte alors qu'ils ne sont pas eux-mêmes végétariens. Si je devais refuser la croûte aux champignons à la crème que mon frère a préparée, ou bien les lasagnes que ma coloc a cuisinées, par recherche de pureté, je trouverais ça absurde. Et je ne veux pas non plus, quand je suis invitée quelque part, dire à mes hôtes ce qu'ils doivent préparer, et avec quels ingrédients. 

En fait, je pense que tout est question de contexte. Dans un monde végétarien, ce serait bien plus légitime de se proclamer vegan et de refuser tout aliment provenant des animaux. Mais dans le monde dans lequel nous vivons, je crois qu'il faut creuser des fissures, ébranler les certitudes, ouvrir de nouvelles voies quant à la manière de s'alimenter. Ce me semble déjà bien.

Il y a des postures plus radicales et c'est bien tant mieux car nous en avons besoin aussi. En tout, nous avons besoin d'une avant-garde qui nous tire vers plus de radicalité. Mais ce n'est pas dans cette avant-garde que je choisis de me situer. En tout cas, du point de vue de l'alimentation. Donc, à mon avis, il faut des vegans et des végétarien-ne-s, et je choisis la seconde voie.


Par Joséphine Trouillot - Publié dans : Vive la vie veg
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