Lorsque ma tête est prise par de multiples activités et projets, je n'écris pas ici. Mon potentiel de pensée est occupé ailleurs.
En ce moment, je prépare une intervention pour le séminaire de ma directrice de recherche, sur le thème "La montée d'une conscience globale,
1945-1970". Je me demande comment on en est venu, dans cette période, dans le domaine académique, institutionnel, politique... à considérer l'humanité comme une entité unifiée, et comment on
s'est posé de manière aiguë la question de son avenir (pour en arriver en 1971 au rapport au Club de Rome sur les limites à la croissance, et en 1972 à la Conférence de Stockholm sur
l'environnement et le développement). Et j'essaie de répondre à cette question.
Je crois que mon militantisme et ma recherche académique communiquent, en un sens. La croyance que la pensée est agissante, est fondamentale.
Ce que des scientifiques, des philosophes, ont écrit à un moment donné, sur la gravité de la situation environnementale, ça a eu des répercussions sur les mouvements activistes, et sur les
décisions politiques (malheureusement pas suffisamment, mais l'histoire des idées n'aurait pas de sens si on ne croyait pas que les idées transforment le monde). Et aujourd'hui, ce que le
mouvement militant, altermondialiste (dont nous, les Alternatifs, faisons partie) peut produire comme réflexion, et qui se diffuse dans des écrits, dans des conférences... je crois que ça agit
aussi quelque part, de manière directe, ou indirecte. La prise de conscience est le préalable à l'action collective.
Je crois qu'une pensée construite sur le monde, sur la société telle qu'elle est, et telle qu'on la voudrait, est absolument essentielle pour
toute transformation de cette société. En ce moment, je lis le livre d'Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom. J'espère bien écrire prochainement ici un article à propos de ce
livre, mais présentement, je voudrais mentionner un point qu'il aborde: aux dernières élections présidentielles, le vide total de la pensée des deux candidats présents au deuxième tour. Leur
recherche obsessionnelle des voix à la manière d'une entreprise qui cherche des clients en publicisant à tout va, et qui réoriente en permanence son offre en fonction de ce qu'elle perçoit être
la demande de la population. Leur manque d'orientation réfléchie, solide, appuyée sur un système de pensée cohérent du monde. Je crois qu'aujourd'hui, ceux qui prennent les décisions les plus
importantes pour le monde n'ont peut-être même pas ce système de pensée qui les empêcherait de faire des choix hautement nocifs, sur le plan social, et sur le plan écologique.
De quel monde voulons-nous? Quel est le sens de la vie individuelle et collective? Comme dirait mon ami Patrick, ces questions, il faut
vraiment se les "colletiner" pour ensuite s'engager en politique, en gardant le regard fixé bien droit sur l'horizon, sans défaillir.
Oh non, là je suis vraiment déçu...
Je me traîne en sixième année de thèse, et vu ce que j'arrive à produire, je suis une bien piètre universitaire...
C'est grave, docteur?