Vendredi 11 avril 2008
Toujours en direct du Rouge et Vert (d'un futur numéro, si tout va bien), une interview d'Esteban, rencontré l'automne dernier au salon Marjolaine, un jeune journaliste qui s'est lancé dans un projet fort pertinent dans la perspective de la réalisation d'une "Alter Société"...



Esteban coordonne les éditions « le P’tit gavroche », qui publient une collection de guides alternatifs de poche à petit prix, disponibles en direct mais aussi en librairies. Le premier volume, paru en septembre 2006, est le « Guide des médias alternatifs », et le second volume est le guide  « Le Rhône en alternatives ! » (paru en février 2008). En préparation, il y a notamment le livre  « Travaillons moins et autrement : guide des métiers et formations alternatives» (à paraître en avril 2008), mais aussi, « Paris en  alternatives ! » (à paraître début juin 2008).


Elodie pour Rouge et Vert 
: Peux-tu nous expliquer comment le projet de maison d’édition pour guides « alternatifs » t’est venu ?
Esteban : L'idée m’est venue notamment en découvrant les numéros régionaux de la revue S!lence. Comme simple lecteur j'ai encouragé et aidé la revue S!lence à réaliser un numéro "Alternatives en Normandie" car je vivais à Rouen ; puis un numéro "Alternatives en Aquitaine" … car je suis parti étudier à Bordeaux ! Lorsque j'ai réalisé que la revue ne pourrait pas retourner dans les régions déjà parcourues lors de ses précédents numéros régionaux, je me suis permis de proposer à son équipe de le faire via la maison d'édition de guides alternatifs que j'avais en tête… et ils ont dit oui !
En ce qui concerne les guides thématiques (nationaux), il s’agit avant tout de combler un manque : il n’y avait pas jusqu’alors de guides pratiques grand public et pas chers sur les médias alternatifs, l’édition indépendante, les festivals et rencontres alternatives… Voilà pourquoi j’ai souhaité les préparer, afin de les ouvrir à un public plus large.

Rouge et Vert : Au niveau matériel et gestionnaire, comment s’organise la publication de tes guides ?
Esteban : Nous sommes organisés en association, dont j’espère être l’un des premiers salarié-es fin 2008. Nous avons reçu de nombreux soutiens et bulletins de souscriptions (préventes de guides avant leur sortie), ce qui nous permettra d’imprimer le prochain guide, le temps de se constituer une trésorerie. Pour préparer les guides, je m’appuie notamment sur mes propres adresses et réseaux, sur les contacts de la revue S!lence, et sur la contribution de nombreux/ses ami-e-s, libraires, journalistes, chercheurs et chercheuses… Qui permettent aux guides de s’enrichir dans chaque thématique abordée (les médias libres, les éditions indépendantes, les festivals écolos…).
 
R&V : « Alternatif ». Voilà un qualificatif qui revient souvent dans les titres que tu mentionnes. Et qui nous tient à cœur ! Peux-tu nous dire ce qu’il signifie pour toi ?
E : Dans le projet alternatif, à mes yeux, il y a l’idée de chercher des solutions en dehors de la société de consommation (passive), par la création (active), avec nos dix doigts. Faire soi-même ses yaourts et ses gâteaux, plutôt que de les acheter tout faits, est par exemple un pas dans ce sens. L’idéal pour un lieu, un objet, un média alternatif, c’est d’être tout à la fois écologique (dans sa production et sa transformation) et social (dans sa diffusion). Je ne sais pas si le mot 'écosocial' existe, mais voilà l'idée. Pour moi la dimension écologique est fondamentale, mais un lieu alternatif doit donc être autant social et solidaire (autogestion, fonctionnement horizontal, coopérative...) qu'écologique (local, bio, végétarien, économe en énergies...).

R&V 
: Avec l’aggravation de la crise écologique, est-ce que tu crois à l’avènement d’une « société alternative » à plus grande échelle qu’aujourd’hui ? Ou est-ce que tu conçois cette société alternative comme vouée à rester une force de résistance à la société dominante ?
E : A mon avis nous avons toute notre place au cœur même de la société, et on ne doit pas seulement "coexister" dans la marge de la page blanche, ou dans des écovillages, mais exister partout : quand je fais du vélo, je boycotte souvent certaines pseudo pistes cyclables, car la place du vélo n'est pas sur les bandes peintes sur les trottoirs, mais sur la chaussée.
Donc la place des gens alternatifs est d'être là, dans les médias alternatifs et même classiques. On doit être présent partout, et ne surtout pas fréquenter que les gens "alternatifs". Elargir le cercle des convaincus pour aller voir celles et ceux qui restent à convaincre qu’une société plus sobre et plus conviviale reste à construire. On doit essaimer, comme avec les paniers des AMAPs à Radio France… Il me semble que l'information libre est très importante dans tout cela. A nous de savoir déborder de la marge pour exister au cœur de la page et l'écrire !

R&V : Est-ce que tu crois aux mouvements politiques pour faire advenir une autre société ?
E : Oui, mais avant tout et d'abord au niveau local, avant le niveau national ; c'est là que l'on peut s'assembler et se fédérer ... Ou pas. C’est là que l'on trouve les guéguerres, les clans, le pire… mais aussi le meilleur. Pour l'instant j'avoue ne pas trouver de structure ou de "parti" qui me satisfasse, donc j'ai encore beaucoup de mal pour le moment à voter (peut-être un jour pour un parti anticapitaliste écolo et unitaire ?). La question est délicate : les Verts dans tel coin peuvent parfois être très bien (côté Denis Baupin à Paris)... Et ailleurs on préfèrera les Rouges & Verts unis à des Bovétistes, qui sait ? Je crois aussi beaucoup plus aux mouvements alternatifs et mouvements sociaux (les grandes manifs de novembre 1995, par exemple, ou contre la précarité et le CPE en mars 2006...). Ces mouvements sociaux et ces actions collectives quasi quotidiennes sont presque plus importantes pour moi que toutes les "élections", mais la question est vraiment délicate, ça dépend vraiment d'une ville à l'autre, des données sociologiques, des gens au pouvoir sur place (des "gauches" caviar comme à Lyon, ou des gens modestes et pas écolos comme des communistes dans le Nord de la France ....).

R&V : Est-ce que ton expérience du milieu « alternatif » te donne l’impression que des idées hétérodoxes comme la décroissance, l’autogestion… Sont en train de progresser ?
E : Oui ; le concept de décroissance a considérablement évolué, je l'ai bien constaté car j'ai été salarié de la revue S!lence de 2002 à 2004, et dans les thèmes de la revue apparus depuis février 2002, on le voit très nettement. On peut en parler aujourd'hui même dans des "gros" médias classiques, ça a fait déjà la moitié du chemin ; reste maintenant à rassurer, à montrer que c'est possible à confort égal, sans bougie ni silex…
Pour l'autogestion, on la voit en oeuvre dans l'organisation d'une AG de fac : à présent le principe de refuser les médias ou de décider de façon horizontale est plus évident, ça avance, ça progresse ; il y a beaucoup de chercheurs (du GERME1, notamment) qui voient ces choses évoluer ; en janvier 08 à Lyon il y a eu un colloque sur les actions collectives. Ces chercheuses et chercheurs voient mieux les choses que nous de l'extérieur, parfois (si leurs "lunettes" ne sont pas trop déformées) ; entre toutes les graines qui sont là, dans la terre, elles/ils voient mieux lesquelles pourront germer…

R&V : En avant-première, est-ce que tu nous citerais un ou deux lieux dont tu parleras dans ton futur guide sur Paris ?
E : Sur Paris ? Alors : mes préférés… sont ceux que je ne connais pas encore ! Car je veux les découvrir comme on déguste un thé, posément, à pied ou à vélo ; il y aura peut-être un resto coopératif 'Le temps des cerises' (en SCOP), un salon de thé (comme le Thé Troc), la librairie Parallèles. Mais je dois avouer que ceux qui mériteront un article entier (pas juste une chronique), je ne suis pas sûr de les connaître : je cherche des lieux qui seraient à la fois très humains, chaleureux (comme l'était le fabuleux café-restaurant La Passerelle), sociaux, et écolos ; donc un bar ou un resto 'écosocial' chaud comme le coeur me ravirait !

(1) GERME : Groupe d’Etudes et de Recherche sur les Mouvements Etudiants
Merci à Esteban pour cet entretien.
Les guides alternatifs du P’tit gavroche sont disponibles et peuvent être commandés en librairies, grâce au réseau de diffusion Dif’Pop (www.difpop.com). Prix : 10 euros maxi.
Pour plus d’informations, contactez les éditions le P’tit gavroche, 19 rue Imbert Colomès, 69001 Lyon.
Tél. 04 72 00 92 98 (de 9h à 19h en semaine) ; courriel : ptitgavroche@gmail.com ; site & catalogue : www.guidaltern.org

par Elodie Vieille Blanchard
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