
Le tournant de l’année civile, c’est normalement le moment que les gens choisissent pour faire le bilan sur la période écoulée. Lorsque je revisite mon année militante, je la trouve assez riche, et éclectique. Bien sûr, entre la révolte qu’on éprouve souvent, sur l’évolution du monde, et les changements effectifs qu’on arrive à provoquer, il y a souvent une réduction d’échelle ; il y a souvent beaucoup de temps, aussi. Mais quand même. J’ai le sentiment que militer m’apporte une certaine paix, me permet surtout de pouvoir me regarder dans une glace, et de rester lucide. Je crois que la tentation de nier la réalité est grande pour beaucoup de gens qui ressentent confusément les grandes menaces de notre ère – le changement climatique, la casse sociale mondialisée -, et y participent par lâcheté, par paresse, pour ne pas se gâcher le quotidien. Quand on milite, on regarde la réalité droit dans les yeux (le plus souvent possible, en tout cas ; il y a bien des moments quand même où on se met un peu la tête dans le sable), et on se dit que si le navire sombre, on aura fait tout notre possible pour éviter la catastrophe.
Parce que je crois que le militantisme peut prendre des formes très variées, peut s’exercer à tous les niveaux, et sur des sujets très divers, j’ai envie de faire le bilan de mon année militante. Pour donner des idées à ceux et celles qui me lisent, de l’entrain, et peut-être même, de l’espoir en ce monde, qui sait ?
En ce premier janvier, je voudrais raconter une expérience militante franchement réussie de 2007, qui a porté des fruits très concrets ; du moins, qui devrait porter des fruits très concrets si les engagements pris sont tenus, ce qui devrait se vérifier assez rapidement.
L'affaire de l'antenne relais de mon lycée (roulement de batterie).
Une affaire qui a mêlé l’argent, le pouvoir, la corruption, et la désinformation...
Mon lycée est en réalité un établissement qui accueille les jeunes depuis l’école primaire, jusqu’au BTS. C’est un lieu scolaire public, et dans le même temps, un centre de soins médicaux. Il accueille en majorité des élèves handicapés moteurs.
L’année dernière, en arrivant au lycée depuis la gare avec un collègue, je repère sur le toit de l’administration une forme familière, qui ressemble à cela :

Choquée, je m’enquiers auprès de mon collègue, qui travaillait là depuis plus longtemps que moi.
« Mais dis-moi, ce n’est pas une antenne relais tout de même ?? ». Je précise que je m’étais informée peu de temps auparavant sur les antennes relais, car un petit bouquet fleurissait sur un toit à côté de chez moi, et que j’étais un peu inquiète. J’avais donc visionné des documentaires, et lu des articles qui ne m’inspiraient pas une franche confiance sur le sujet.
Sur un bâtiment qui abritait des enfants petits, fragiles, dont certains restaient là toute la semaine (à l’internat), je trouvais la présence de cette chose pour le moins incongrue ! Mon collègue me répond flegmatiquement « Oh, tu sais, à l’administration, ils ont dit que de toute façon, si on n’acceptait pas cette antenne, ils la mettraient sur la résidence d’à côté, on n’aurait pas l’argent, mais on se prendrait toutes les ondes dans la figure ! ». Perplexe, mais impatiente (ce qui me caractérise souvent lorsqu’un sujet me préoccupe), je commence à essayer de m’informer sur cette antenne, pour savoir depuis quand elle était sur le toit, qui avait décidé de son implantation…
Je me demande par quel bout prendre l’affaire, qui rencontrer, et je décide finalement de soumettre la question au Conseil d’Administration (pour lequel j’étais représentante suppléante des profs). Bien naturellement, l’administration ne s’est pas montrée très conciliante, et n’avait pas franchement envie que les personnes du CA mettent leur nez dans l’affaire de l’antenne : des profs, des médecins, des parents d’élèves… Finalement, l’affaire, qui aurait dû être soulevée à l’occasion d’un CA traditionnel, a donné l’occasion à un CA exceptionnel !
Entre ma lettre à la proviseure pour demander que l'affaire soit soulevée, et le CA exceptionnel, le débat a fait rage au lycée. Une vraie campagne référendaire, qui n’était pas sans me rappeler le printemps 2005. D’un côté le pouvoir et le fric: « OUI à l’antenne »; de l’autre la réelle motivation de prendre en compte les élèves, et une recherche documentaire poussée sur les dangers médicaux des ondes, et sur les pratiques des opérateurs: « NON à l’antenne ».
L’administration, qui semblait tenir beaucoup à son antenne, nous a servi successivement toutes sortes d’arguments, tous plus malhonnêtes les uns que les autres, et souvent incompatibles entre eux. En vrac, intérêt financier de l’affaire ; effet parapluie ; bien être des élèves handicapés qui ont besoin d’un portable pour appeler leurs parents … A chaque fois, je me documentais, et je faisais des rapports que je distribuais à mes collègues (qui démontaient ces fameux arguments « pro antenne » et en faisaient émerger d’autres de la part de l'administration). Je suis allée rencontrer des kinés, la dame de la cantine qui est syndiquée chez SUD, avec mes rapports; j’ai contacté des parents… Vraiment comme en 2005. Information, débat, travail au corps.
Peu avant le CA, mes collègues profs ont été consultés par une affiche référendaire, en salle des profs. A une très grande majorité, ils se sont prononcés pour le retrait de l’antenne (alors qu’un mois avant, au début de la campagne, ils étaient plutôt sceptiques sur les dangers des ondes).
Le soir S, lorsque nous sommes arrivés dans la salle de réunion, nous avons vu, en plus des représentants habituels du CA, deux femmes habillées plutôt BCBG, et
l’informaticien du lycée en train de régler un vidéoprojecteur devant un écran. Les deux femmes étaient venues nous servir la soupe d’Orange Télécom ! On nous a annoncé que la réunion allait
commencer par cette projection vidéo, sauf si nous y voyions une objection. Ben oui. Justement. On y voyait une objection mon collègue et moi (pas celui avec lequel j’arrivais l’autre fois de la
gare, un autre). La proviseure nous a proposé un vote à bulletins secrets pour dire si nous acceptions cette présentation ou non ; et la majorité des personnes présentes ont refusé la
présentation ! Les serveuses de soupe d’Orange ont remballé leur matériel et sont sorties. On nous a taxés d’impolitesse, d’avoir refusé cette aimable présentation, mais nous sourions
intérieurement: le vote ultérieur s'annonçait bien...
Ensuite il y a eu le débat lui-même. Trois des parents présents s’étaient documentés sur des aspects spécifiques. L’un sur les questions juridiques ; un autre, qui était biologiste, sur les effets des ondes sur les cellules vivantes. Un autre, qui travaillait dans les télécom, sur les questions plus techniques. On s’est tous bien exprimés, et puis, on a voté, et… Une majorité de gens ont voté pour le retrait de l’antenne.
C’était vraiment une grande satisfaction, d’autant que l’affaire n’était pas gagnée d’avance. Elle l’a été avec un travail de fond, qui a préparé le CA proprement
dit.
Un bémol tout de même à cette réussite. Engagement avait été pris que l’antenne serait retirée en octobre 2007 (fin du bail d'Orange). Avant les vacances de Noël… Elle était toujours là. Parole a
été donnée récemment qu’elle serait retirée pendant les vacances. Affaire à suivre.
| Décembre 2008 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
| 29 | 30 | 31 | ||||||||
|
||||||||||
Bien à vous Elodie.
Vivi.