Mardi 3 juin 2008
Vendredi soir dernier, j'ai participé à une soirée de pré-lancement du guide "Paris en Alternatives", rédigé par Esteban
(un article précédent du blog mentionne ce guide). Ca se passait sur une péniche-bar qui vend des produits bio et du commerce équitable (la péniche
Antipode), et j'y ai rencontré des gens vraiment intéressants et agréables.
Plusieurs personnes présentes participaient à des actions "désobéissantes non violentes", et s'intéressaient particulièrement aux techniques de distribution de la parole en groupe, ces techniques étant considérées comme fondamentales pour que la parole, et donc les discussions et les décisions soient partagées au mieux dans un groupe.
Dans ma vie personnelle, je dois dire que j'apprécie énormément les gens qui ont une grande capacité d'écoute. Lorsque je parle avec eux/elles, j'ai l'impression que nos âmes peuvent se livrer l'une à l'autre, et j'ai l'impression que sur n'importe quel sujet, si nous partons avec des points de vue pas nécessairement convergents, nous parvenons au bout de la conversation à nous être enrichis mutuellement, et nous avons construit véritablement ensemble une nouvelle pensée, qui n'appartenait initialement ni à une personne, ni à l'autre. Réciproquement, je dois dire que je n'aime pas particulièrement les joutes verbales, et que je n'apprécie pas, avec certaines personnes, de devoir crier et répéter inlassablement la même chose pour me faire entendre. Dans une telle situation, je préfère jeter l'éponge. Tu ne veux pas m'entendre, tant pis pour toi.
Les personnes qui étaient présentes à la péniche Antipode, et qui se positionnaient politiquement pour des modes de discussion non violents et démocratiques, présentaient également cette vraie qualité d'écoute personnelle. Elles mettaient totalement en acte au niveau individuel ce qu'elles prônaient au niveau collectif.
Chez les Alternatifs, nous appliquons certaines règles lors des discussions, dont le but initial est, je pense, que la parole soit la mieux distribuée possible, et que chaque personne puisse apporter sa pierre à l'édifice. Il s'agit, par exemple, dans un débat, de s'inscrire avant de parler, même si on voudrait réagir spontanément à ce que quelqu'un vient de dire. Idéalement, je trouve que ce principe est bon, et théoriquement, il incite chacun-e à écouter attentivement ce que les autres disent (en attendant de parler), pour ne pas répéter ce qui a déjà été dit, et faire avancer positivement la conversation. Le point négatif, je trouve, c'est que la parole étant longue à obtenir, elle est parfois conservée longtemps par la personne qui en bénéficie. Et puis, cette obligation de s'inscrire crée un effet d'asymétrie entre celle/celui qui parle quinze minutes, et celle/celui qui voulait juste dire une phrase... A mon avis, il faudrait que ce temps de parole soit beaucoup plus pris en compte.
Par ailleurs, je remarque que selon l'âge, la position sociale, le genre, l'influence de la personne qui parle, la personne a l'impression que ce qu'elle a à dire est plus ou moins important et pertinent. On avait remarqué une fois que les femmes s'effacent souvent sous prétexte que "ce qu'elles ont à dire a déjà été dit", tandis que les hommes ont tendance à s'étaler pour dire quelque chose de pas franchement nouveau. Il ne faut pas oublier, je crois, que lorsqu'on parle, ce n'est pas seulement pour dire quelque chose, pour apporter un contenu, c'est aussi pour affirmer sa position dans un groupe (image de Tarzan qui se tape sur la poitrine en criant), c'est aussi pour manifester son besoin de contradiction (très présent chez certaines personnes), c'est aussi pour se faire aimer/respecter/admirer... Toutes sortes de choses auxquelles nous devrions réfléchir lorsque nous instaurons des règles de discussion dans un groupe. Nous ne sommes pas des purs homo politicus (est-ce que le pluriel est homines politici???), et ce que nous sommes intimement influe fortement sur notre façon d'investir l'espace public.
Et le blog? C'est une manière de communiquer à sens unique. J'écris, vous lisez. Il n'y a pas la chaleur d'une rencontre humaine, c'est vrai. Mais si ce que j'écris vous intéresse, je suis sûre que vous lirez jusqu'au bout. Et si ça ne vous intéresse pas, vous pouvez tout simplement quitter le site, et laisser tomber. Ce que vous n'oserez pas faire, si vous êtes poli-e, face à quelqu'un qui vous baratine et ne vous intéresse pas.
Baratineurs, baratineuses, une attention fine aux réactions de la personne en face de vous, lorsque vous parlez, peut vous donner une indication précise de l'intérêt que vous éveillez chez la personne. Un conseil: si la personne manifeste de l'impatience, recule alors que vous avancez vers elle, ne réagit à ce que vous dites que par des "hmm hmm", ne continuez pas, saluez gentiment votre interlocuteur et partez, vous n'obtiendrez rien en gavant cette personne de mots.
Dans cet article, je pars un peu en vrac, j'en ai bien conscience. Mon message, si je dois le répéter, c'est vraiment qu'on ne peut pas prôner de grands principes humains ou politiques si 1) on ne s'intéresse pas à ce que les autres disent, qu'on ne les laisse pas parler 2) on ne sait pas se rendre compte si on intéresse ou non la personne en face, et qu'on ne sait pas ne pas insister lourdement et barber l'autre.
Ces derniers jours, je pensais à écrire un article sur le lien nécessaire entre la libération individuelle, par rapport aux carcans moraux, religieux, bien-pensants, sur des thèmes aussi variés que le travail, l'argent, ou la sexualité, et d'un autre côté la libération collective, par rapport à une organisation sociale aliénante, qui sert les intérêts des plus forts. Finalement, j'écris un article qui fait aussi le lien entre la manière d'être individuelle et l'engagement politique, mais sur un tout autre sujet.
Voilà. Maintenant vous pouvez réagir, si ça vous dit. Je vous souhaite une merveilleuse journée sous la grisaille.
Plusieurs personnes présentes participaient à des actions "désobéissantes non violentes", et s'intéressaient particulièrement aux techniques de distribution de la parole en groupe, ces techniques étant considérées comme fondamentales pour que la parole, et donc les discussions et les décisions soient partagées au mieux dans un groupe.
Dans ma vie personnelle, je dois dire que j'apprécie énormément les gens qui ont une grande capacité d'écoute. Lorsque je parle avec eux/elles, j'ai l'impression que nos âmes peuvent se livrer l'une à l'autre, et j'ai l'impression que sur n'importe quel sujet, si nous partons avec des points de vue pas nécessairement convergents, nous parvenons au bout de la conversation à nous être enrichis mutuellement, et nous avons construit véritablement ensemble une nouvelle pensée, qui n'appartenait initialement ni à une personne, ni à l'autre. Réciproquement, je dois dire que je n'aime pas particulièrement les joutes verbales, et que je n'apprécie pas, avec certaines personnes, de devoir crier et répéter inlassablement la même chose pour me faire entendre. Dans une telle situation, je préfère jeter l'éponge. Tu ne veux pas m'entendre, tant pis pour toi.
Les personnes qui étaient présentes à la péniche Antipode, et qui se positionnaient politiquement pour des modes de discussion non violents et démocratiques, présentaient également cette vraie qualité d'écoute personnelle. Elles mettaient totalement en acte au niveau individuel ce qu'elles prônaient au niveau collectif.
Chez les Alternatifs, nous appliquons certaines règles lors des discussions, dont le but initial est, je pense, que la parole soit la mieux distribuée possible, et que chaque personne puisse apporter sa pierre à l'édifice. Il s'agit, par exemple, dans un débat, de s'inscrire avant de parler, même si on voudrait réagir spontanément à ce que quelqu'un vient de dire. Idéalement, je trouve que ce principe est bon, et théoriquement, il incite chacun-e à écouter attentivement ce que les autres disent (en attendant de parler), pour ne pas répéter ce qui a déjà été dit, et faire avancer positivement la conversation. Le point négatif, je trouve, c'est que la parole étant longue à obtenir, elle est parfois conservée longtemps par la personne qui en bénéficie. Et puis, cette obligation de s'inscrire crée un effet d'asymétrie entre celle/celui qui parle quinze minutes, et celle/celui qui voulait juste dire une phrase... A mon avis, il faudrait que ce temps de parole soit beaucoup plus pris en compte.
Par ailleurs, je remarque que selon l'âge, la position sociale, le genre, l'influence de la personne qui parle, la personne a l'impression que ce qu'elle a à dire est plus ou moins important et pertinent. On avait remarqué une fois que les femmes s'effacent souvent sous prétexte que "ce qu'elles ont à dire a déjà été dit", tandis que les hommes ont tendance à s'étaler pour dire quelque chose de pas franchement nouveau. Il ne faut pas oublier, je crois, que lorsqu'on parle, ce n'est pas seulement pour dire quelque chose, pour apporter un contenu, c'est aussi pour affirmer sa position dans un groupe (image de Tarzan qui se tape sur la poitrine en criant), c'est aussi pour manifester son besoin de contradiction (très présent chez certaines personnes), c'est aussi pour se faire aimer/respecter/admirer... Toutes sortes de choses auxquelles nous devrions réfléchir lorsque nous instaurons des règles de discussion dans un groupe. Nous ne sommes pas des purs homo politicus (est-ce que le pluriel est homines politici???), et ce que nous sommes intimement influe fortement sur notre façon d'investir l'espace public.
Et le blog? C'est une manière de communiquer à sens unique. J'écris, vous lisez. Il n'y a pas la chaleur d'une rencontre humaine, c'est vrai. Mais si ce que j'écris vous intéresse, je suis sûre que vous lirez jusqu'au bout. Et si ça ne vous intéresse pas, vous pouvez tout simplement quitter le site, et laisser tomber. Ce que vous n'oserez pas faire, si vous êtes poli-e, face à quelqu'un qui vous baratine et ne vous intéresse pas.
Baratineurs, baratineuses, une attention fine aux réactions de la personne en face de vous, lorsque vous parlez, peut vous donner une indication précise de l'intérêt que vous éveillez chez la personne. Un conseil: si la personne manifeste de l'impatience, recule alors que vous avancez vers elle, ne réagit à ce que vous dites que par des "hmm hmm", ne continuez pas, saluez gentiment votre interlocuteur et partez, vous n'obtiendrez rien en gavant cette personne de mots.
Dans cet article, je pars un peu en vrac, j'en ai bien conscience. Mon message, si je dois le répéter, c'est vraiment qu'on ne peut pas prôner de grands principes humains ou politiques si 1) on ne s'intéresse pas à ce que les autres disent, qu'on ne les laisse pas parler 2) on ne sait pas se rendre compte si on intéresse ou non la personne en face, et qu'on ne sait pas ne pas insister lourdement et barber l'autre.
Ces derniers jours, je pensais à écrire un article sur le lien nécessaire entre la libération individuelle, par rapport aux carcans moraux, religieux, bien-pensants, sur des thèmes aussi variés que le travail, l'argent, ou la sexualité, et d'un autre côté la libération collective, par rapport à une organisation sociale aliénante, qui sert les intérêts des plus forts. Finalement, j'écris un article qui fait aussi le lien entre la manière d'être individuelle et l'engagement politique, mais sur un tout autre sujet.
Voilà. Maintenant vous pouvez réagir, si ça vous dit. Je vous souhaite une merveilleuse journée sous la grisaille.
par Elodie Vieille Blanchard
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Miscellaneous comme on dit
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Garde bien le site, petit Tatou...
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