Lundi 28 avril 2008
Dans notre bonne campagne française, s'il arrive qu'on soit végétarien-ne, ou gay, ou lesbienne, il y a une vertu qu'on attend
particulièrement de nous. La discrétion.
Qu'on fasse des choses bizarres dans notre cuisine ou dans notre lit, mais qu'on ne s'avise surtout pas d'en parler en famille, de
se montrer heureux/se de ce qu'on est, de parler des bienfaits de notre mode de vie sur l'environnement (pour le végétarisme). A moins qu'on ne souhaite se faire taxer de prosélytisme aigu, voire
d'exhibitionnisme.
Notre oncle pratique le tir à la carabine et s'étend à chaque fois qu'on le voit sur les joies de cette activité. Notre cousine a sa carte au PS et raconte ses
expériences dans ce milieu. Notre grand-oncle tue des cochons et vante la qualité de la charcuterie qu'il fabrique avec la chair de ces animaux. Que de bien normal, toutes ces personnes parlent
de ce qui leur tient à coeur.
Mais quand on est végétarienne, chhhhhhhhhhhhhhhhuuuuutttttttttttttttttttttttttttttt!
Bouche cousue est mère de respectabilité.
Pour que notre végétarisme soit toléré, il conviendra que nous poussions délicatement, dans le coin de l'assiette, les morceaux de lardons qui se sont glissés dans
la tarte aux légumes qu'on nous sert, sans en faire tout une affaire. Mais qu'on réponde au petit cousin qui s'interroge, qu'on ne mange pas les animaux parce qu'ils veulent vivre, tout comme
nous, parce qu'on les fait souffrir beaucoup dans les élevages et les abattoirs, que lui ne mangerait pas son petit chien qu'il aime beaucoup; qu'on glisse dans une conversation sur Léonard de
Vinci que le grand homme était végétarien, par conviction, et qu'on en profite pour ajouter que le président du GIEC, Prix Nobel de la Paix, l'est aussi pour des raisons écologiques, et que le
végétarisme est l'une des manières les plus efficaces pour réduire son empreinte climatique, non et non! Si on ose se comporter ainsi, le verdict va tomber, implacable:
vous, les végétariens, vous voulez imposer votre végétarisme à tout le monde. Vous êtes sectaires. Vous êtes intolérants. Vous êtes extrémistes.
De même, si on se trouve être attiré-e par les personnes du même sexe que nous (on va dire "sexe" pour faire bref), il vaudrait mieux ne pas en parler aux enfants,
pour ne pas leur donner des idées. Ni aux personnes âgées (il ne faudrait pas les choquer). Si notre soeur ou notre frère se marie, en grande pompe, il serait préférable que notre compagne/on ne
soit pas présent-e. Ou alors, en toute discrétion. Surtout, ne pas s'exhiber. Pas de geste d'affection, pas de mot doux, pas de déclaration explicite à autrui. Les mariés sont légitimes, les
couples hétéros le sont, les couples homos doivent disparaître de la vue de tous.
Heureusement, quand on vit dans une capitale comme Paris, on peut rejoindre des groupes de gens comme nous, et on peut manifester sa fierté d'être ce qu'on est. Je
trouve que cela a un sens pour les minorités opprimées de s'affirmer ainsi. On peut dire "Je suis fière d'être noire"; "je suis fier d'être gay"; "je suis fière d'être végétarienne". Mais
particulièrement, je crois, on peut être fière d'être végétarienne parce qu'à la différence de la couleur de la peau ou de l' attirance sexuelle, on a choisi de prendre cette
position, suite à une réflexion qu'on a menée. On a choisi de se positionner contre une société qui instrumentalise les animaux sans aucun état d'âme, et on peut le dire la tête haute.
Parce qu'on a dû lutter contre les critiques incessantes des gens qui disaient qu'on allait finir anémiée, qu'on était moralisatrice, qu'on était
irréaliste, qu'on cassait les pieds de ceux qui nous invitaient à manger...
Parce que par fidélité à nos convictions, on a subi les menus misérables des cantines pendant des années, une fois la viande et le poisson retirés, et en
conséquence, le ventre qui gargouille, la faim qui travaille dans l'après-midi...
Parce que chaque jour, à chaque instant, on voit les autres, tous
les autres, tout le monde, se remplir la panse de chair souffrante, maltraitée, des animaux de batterie qui en ont bavé toute leur vie, et que ça nous donne envie de pleurer en pensant à toutes
ces pauvres bêtes, mais qu'on s'efforce de garder bonne figure parce que sinon, on sait ce qui nous attend: nous "transpirons la sensiblerie"; nous "prêchons comme des missionnaires"; nous
"sommes aigri-e-s et désagréables"...
Pour toutes ces raisons, on a le droit de dire "je suis fière d'être végétarienne!". C'est un droit que nous devons revendiquer. Nous devons nous montrer,
dire nos convictions, exprimer nos valeurs.
Justement, le samedi 17 mai 2008, à Paris, c'est la Veggie Pride, la manifestation de la fierté des végétarien-ne-s et
végétalien-ne-s.

Le rendez-vous est à 14h, sur la Place Joachim du Bellay. Et le soir, il y a une "after pride", dans un lieu encore inconnu!
Pour plus d'infos, c'est ici.
J'y serai, et vous?

(une photo de l'édition 2006)
Le rendez-vous est à 14h, sur la Place Joachim du Bellay. Et le soir, il y a une "after pride", dans un lieu encore inconnu!
Pour plus d'infos, c'est ici.
J'y serai, et vous?
par Elodie Vieille Blanchard
publié dans :
Vive la vie veg
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